Peste d'Athènes

La peste d'Athènes

Entre 430 et 427 av. J.-C. une étrange épidémie se produisit à Athènes, qui résulta en des milliers de décès. Socrate a alors 40 ans et se promène allégrement dans la cité en devisant avec tout un chacun, Thucydide est âgé d'une vingtaine d'années et deviendra historien. C'est cet auteur qui laissera des écrits concernant cette curieuse maladie qu'il appellera "la peste d'Athènes" et qui se produira dans le cadre de la guerre du Péloponnèse. Déjà depuis un an, Sparte et Athènes sont engagés dans une guerre qui durera près d'un quart de siècle. Cette peste sera d'ailleurs l'un des éléments qui mènera cette dernière cité, à la défaite. L'épidémie se répartira par vagues successives pendant plus de 4 ans et un tiers de la population civile périra. Pour l'armée seule, il y aura 4 400 hoplites et 300 cavaliers qui décéderont.

On dit que la maladie s'était d'abord abattue en plusieurs endroits, notamment à Lemnos, mais nulle part il n'y avait eu de victimes aussi nombreuses qu'à Athènes. Les médecins étaient totalement impuissants, aucun remède ne fonctionnait, ni les "orales" ni les supplications dans les temples. Au moment de l'épidémie, il fut affirmé que le mal apparut d'abord en Éthiopie, puis qu'il descendit en Égypte et en Libye, pour enfin se déclarer subitement à Athènes et faire ses premières victimes au Pirée. On rapporte que cette année là, la population avait été épargnée en général par toute maladie mais qu'ensuite toutes celles qui sévissaient aboutissaient à ce mal inconnu et intraitable. La plupart des malades étaient atteints soudainement alors qu'ils semblaient pourtant en pleine santé. Les symptômes notés par Thucydide étaient les suivants; la personne ressentait d'abord de violentes chaleurs à la tête, les yeux devenaient rouges et enflammés, le malade présentait de la fièvre et de la toux. Était également observée une inflammation de la gorge et de la langue qui devenaient sanguinolentes. Vomissements, diarrhées, cloques, soif intense, une haleine fétide, des éternuements et enrouements étaient remarqués également. La douleur atteignait ensuite la poitrine puis l'estomac, les malades étaient pris de hoquets sans vomissements mais accompagnés de convulsions. Chez les uns, ce hoquet cessait immédiatement, chez d'autres, il s'attardait longtemps. Selon certains, la peau des malades n'était pas très chaude, mais rougeâtre et non livide. Se produisait ensuite une éruption de phlyctènes (élevure remplie de sérosité, disposée sur l'épiderme) et d'ulcères. On dit qu'à l'intérieur, le corps était si brûlant qu'il ne supportait pas le contact des vêtements et des tissus les plus légers, les malades restaient donc nus et laissés sans surveillance, se jetaient dans l'eau froide. Même s'ils buvaient beaucoup d'eau, les gens atteints n'étaient pas soulagés. La plupart décédait au bout de 7 ou 9 jours, mais si l'individu dépassait ce stade, le mal descendait dans l'intestin avec une violente ulcération ainsi qu'une diarrhée qui faisait périr de faiblesse les plus atteints, les survivants gardaient des traces aux extrémités et les parties sexuelles étaient attaquées. Souvent, ils perdaient une main ou un pied, ou encore les deux. Certains malades perdirent la vue. Ceux qui guérissaient ne se souvenaient de rien, oubliaient leur personnalité et ne reconnaissaient plus leurs proches. Les survivants souffraient donc d'amnésie et de gangrène aux doigts et aux orteils.

Les carnassiers ne s'attaquaient pas aux cadavres des gens morts de la peste d'Athènes et s'ils les consommaient, en mouraient. Aucun régime ne pouvait prévenir la maladie, robuste ou faible étaient touchés indifféremment. Les gens se contaminaient en se soignant mutuellement. Les rechutes n'étaient pas mortelles, donc les survivants pouvaient soigner les autres personnes atteintes. La stratégie de Périclès fut de fermer Athènes en l'isolant. Tous les habitants de l'Attique devaient se replier dans les Longs Murs et les territoires de la campagne étaient laissés aux Spartiates. Il restait un accès pour l'eau par le Pirée. Évidemment, cela entraîna une affluence de réfugiés qui étaient particulièrement touchés par la peste. Mais s'agissait-il réellement de la peste ?

Des médecins américains se sont penchés sur cette histoire et ont cherché la nature de cette étrange maladie. Le Dr Alexander Langmuir et ses collègues de l'université de l'Arizona ont déduit que cette supposée peste était en fait une grippe doublée du syndrome de choc toxique. Le choc toxique est en fait causé par des staphylocoques et les toxines produites par ces bactéries s'infiltrent par des lésions cutanées ou par les voies respiratoires d'un patient déjà affaiblis par la grippe. Mais, dans le cas de la peste d'Athènes, certains chercheurs croient plutôt au typhus ou à une forme de dengue associée à un tel choc. Bien que rien ne soit certain à son sujet, les médecins américains ont baptisé cette étrange maladie : le syndrome de Thucydide.

 

Date de dernière mise à jour : 11/11/2012

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