Poètes
élégiaques
Mimnerme de
Colophon
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Quelle vie et quel charme à l’écart d’Aphrodite
d’or ?
Que je meure au cas où je ne m’en soucie
plus ! Amours secrètes, doux cadeaux, plaisirs du lit,
Telles sont les aimables fleurs de la jeunesse Pour l’homme et pour la femme ; et lorsque
survient la vieillesse
Pénible, qui rend l’homme à la fois vil et laid, Sans cesse le tourmentent les soucis cruels,
Les rayons du soleil ne charment plus sa vue, Mais haï des garçons, il est aussi odieux aux
femmes,
Tant le dieu a rendu la vieillesse
effroyable ! |
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Nous, comme les feuilles qui poussent au printemps
fleuri,
Lorsque les font surgir les rayons du soleil, Nous jouissons un court instant des fleurs de la
jeunesse,
En ignorant le mal, par la grâce des dieux, Comme le bien. Mais les sombres Destins sont près
de nous :
L’un conduit droit au seuil de l’odieuse vieillesse Et l’autre au terme de la mort. Le fruit de la
jeunesse
Ne dure qu’un moment, tel l’éclat du soleil. Mais lorsqu’elle a passé, la borne de cet âge,
La mort est désirable et vaut mieux que la vie. Alors dans notre âme se pressent mille maux
nouveaux :
Ou la maison décline et survient la misère ; Ou l’on n’a pas d’enfants, et c’est le regret le
plus grand
Au moment de partir chez Hadès, sous la
terre ; Ou bien l’on est frappé d’un mal qui détruit le
courage.
Aucun homme n’échappe aux maux que Zeus envoie. |
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Autrefois le plus beau, dès que sa jeunesse est
passée,
Un père n’est plus apprécié, ni honoré Même de ses enfants. |
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Solon critiquera cet
avis
pessimiste dans son fr.
21.
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A Tithon Zeus permit d’avoir une peine
éternelle :
La vieillesse, bien pire que la mort cruelle. |
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Le héros troyen Tithon,
ou
Tithônos, amoureux de l’Aurore, obtint de Zeus l’immortalité, mais non
la
jeunesse éternelle. Il ne cessa de vieillir et de se ratatiner, jusqu’à
ce que
l’Aurore le transforme en cigale.
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Aussitôt, sur ma peau, coule une sueur
abondante ;
Et je frémis en regardant la fleur de l’âge, Si belle et si charmante ; elle aurait dû
se prolonger,
Mais comme un songe, elle ne dure qu’un instant, La jeunesse appréciable. Et la vieillesse affreuse
et laide,
Menace sans tarder, suspendue sur nos têtes, Odieuse et méprisable ; on ne reconnaît
plus notre homme,
Elle attaque nos yeux et brouille notre esprit. |
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Que loin des maladies et des soucis pénibles
A soixante ans je voie le destin de la
mort ! |
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Solon répondra et
corrigera ce
vœu dans son fr. 20.
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Charme ton propre cœur ! Parmi tes ennemis,
L’un te traitera mal, l’autre dira du bien. |
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… Et que la franchise soit là, Vers toi, vers moi : de tous les biens,
c’est le plus juste. |
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Ayant quitté… et Pylos de Nélée,
Nous avons abordé dans l’agréable Asie, Et nous nous installâmes dans l’aimable Colophon,
Chefs violents et doués d’une vigueur immense. Puis franchissant le fleuve Halente, avec l’aide
des dieux,
Nous pûmes conquérir Smyrne l’Eolienne. |
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Ce
« nous » représente
les aïeux des Ioniens, venus du Péloponnèse (Pylos, sur la côte ouest,
où l’on
visite le « Palais de Nestor »), qui ont ôté aux
Eoliens la
possession de Smyrne. Nélée est un personnage légendaire :
fils du roi
d’Athènes Codros, il quitta Pylos et la Messénie pour venir fonder
Milet, à la
tête d’une colonie d’Ioniens, chassés par l’invasion des Héraclides.
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Jamais Jason n’aurait ramené la grande toison
De Colchide, à la fin de son affreux voyage, Accomplissant un rude exploit pour l’orgueilleux
Pélias,
Ni touché le beau cours de l’Océan lointain… |
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Il faut bien sûr
restituer la
proposition hypothétique : « … si l’amour de Médée ne
l’avait
secouru. »
Rappelons la légende
héroïque : Pélias, roi d’Iolcos en Thessalie, avait usurpé le
trône qui
revenait à son neveu Jason. Pour se débarrasser de lui, il lui ordonna
de
ramener de Colchide (auj. la Géorgie) la toison d’or, surveillée par un
dragon.
Avec l’aide des Argonautes, Jason surmonta ces épreuves ;
Médée, fille
d’Aiétès, roi de Colchide, s’éprit du héros et lui permit de s’emparer
de la
toison d’or et de quitter le pays, malgré leurs poursuivants. Après un
long
périple par le Danube, le Pô, les « lacs celtes », le
Rhin et le
Rhône, les Argonautes arrivèrent à Marseille, d’où ils regagnèrent la
Grèce.
Ce
mythe, considéré comme bien connu par l’auteur de l’Odyssée
(chant XII, vers 70), a été raconté par Apollonios de Rhodes dans les Argonautiques (vers 250 avant J.-C.).
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… la ville d’Aiétès, là où les rayons du Soleil
rapide se répandent dans leur chambre d’or, aux bords de l’Océan, d’où partit le divin Jason. |
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Après avoir vaincu les
Titans (Hésiode, Théogonie,
v. 617-735), Zeus répartit entre les dieux les privilèges et les
charges. Au
Titan Hélios (le Soleil), fils d’Hypérion, il infligea sa course
quotidienne.
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Car le Soleil reçut une peine pour chaque
jour ;
Jamais aucun répit ne lui est accordé, Non plus qu’à ses chevaux, dès que l’Aurore aux
doigts de roses,
Délaissant l’Océan, apparaît dans le ciel. Car à travers les vagues* l’emporte un aimable lit,
Ciselé, fabriqué par les mains d’Héphaistos, En or précieux, équipé d’ailes, pour le ramener,
Endormi, sur les eaux, de chez les Hespérides En terre d’Ethiopie**, où l’attendent son char
rapide
Et ses chevaux, jusqu’au matin quand vient l’Aurore. Lors le fils d’Hypérion part sur un nouvel attelage. |
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Témoignage
donné par Pausanias : Mimnerme fit des élégies sur la bataille
des
Smyrniotes contre Gygès et les Lydiens ; dans le prélude, il
dit que les
Muses les plus anciennes sont filles d’Ouranos, et que d’autres, plus
récentes
que celles-là, sont filles de Zeus. Ce poème s’appelle La Smyrnéide.
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Donc les proches du Roi, lorsqu’il leur eut donné
ses ordres,
Partirent, protégés par leurs boucliers creux. |
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La force et le courage héroïque de ce soldat,
Je les connais par mes ancêtres, qui l’ont vu Des cavaliers lydiens chasser les phalanges serrées
Sur le sol de l’Hermos*, ce valeureux piquier. Non, jamais Pallas Athéna n’avait dû exhorter
L’âpre vigueur de son courage, quand au premier rang Il s’engageait dans la mêlée de la guerre sanglante
Et repoussait les traits aigus des ennemis. Car aucun adversaire n’était plus vaillant que lui
Pour se précipiter dans la rude bataille, Tant qu’il vivait sous les rayons du rapide soleil. |
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